Voyage aux îles Marquises: découverte de Nuku Hiva

2 Mai 2017 | Culture et Société, Tourisme | 0 commentaires

Voyager aux îles Marquises : Nuku Hiva

Sur La Terre des Hommes, Te Fenua Enata, la nature est rude et spectaculaire, bien loin des images de lagons et des plages de sable blanc. Les Marquisiens, généreux et fiers de leur culture savent conter au voyageur les légendes et l’histoire de leurs îles. On peut venir aux Marquises comme Brel ou Gauguin, pour fuir le tumulte de sa vie ou rechercher un peu d’anonymat. On peut aussi faire le voyage, comme nous, pour découvrir un lieu auréolé de mystère dont nous avions rêvé depuis bien longtemps. La première étape de notre périple est Nuku Hiva, la plus grande île de l’archipel, située au nord.

 

Un peu de Géographie

L’archipel des marquises est isolé dans le Pacifique sud à environ 1600 km au nord de Tahiti. Les îles sont réparties en deux groupes. Au Nord, Nuku Hiva, deuxième plus grande île de Polynésie Française après Tahiti, Ua Pu, Ua Huka, Eiao, Hatutaa et Motu One. Au Sud, l’île principale de Hiva Oa et les îles de Tahuata, Moho Tani, Fatu Hiva et Motu Nao. Ce sont des îles hautes, escarpées, d’origine volcanique quasiment dépourvues de barrières coralliennes. Seulement 4 d’entre elles possèdent un aéroport : Nuku Hiva, Ua Pu, Ua Huka et Hiva Oa. L’archipel n’est desservi que par deux bateaux : l’Aranui V et le Taporo.

Carte des îles Marquises

© Sémhur / Wikimedia Commons, via Wikimedia Commons

Le Peuplement des Marquises  

Les îles sont peuplées vers 150 av. J.-C. par des polynésiens venus probablement des îles Tonga et Samoa. Les marquisiens sont divisés en tribus dont chaque territoire est constitué d’une vallée. Les guerres tribales sont accompagnées de cannibalisme rituel. Il vaut donc mieux éviter d’être fait prisonnier !

Les explorateurs occidentaux

Le premier européen à découvrir l’archipel, en 1595, est l’Espagnol Alvaro de Mendaña lors de sa dernière expédition entre le Pérou et les Iles Salomon. Il donne aux îles le nom de « Marquesas de Mendoza » en l’honneur de l’épouse du vice-roi du Pérou, le marquis García Hurtado de Mendoza. En 1774, soit près de deux siècles plus tard, James Cook est le deuxième navigateur à visiter les Marquises. Puis viennent l’Américain Joseph Ingraham en 1791 et le Français Etienne Marchand la même année. En 1842, la France prend possession de l’archipel.

La disparition d’un peuple

La population des Marquises est estimée par James Cook à environ 100000 personnes (nombre probablement un peu surestimé). L’arrivée des européens expose les Marquisiens à des nouvelles maladies contre lesquelles ils n’ont aucune immunité mais aussi à l’alcool et aux armes à feu. Le résultat est une diminution très rapide de la population. Il ne restait que 2200 habitants en 1930.

L’intervention du Docteur Rollin

Le Docteur Louis Rollin, entre 1923 et 1930, prend conscience de l’urgence de la situation. Il organise des campagnes de vaccinations et promeut l’hygiène, ce qui permet d’éviter la disparition d’un peuple. Aujourd’hui, la population est de 9200 habitants sur l’archipel. Il y a environ 10000 Marquisiens à Tahiti.

Initialement estimés à 100000 par James Cook, les Marquisiens ne sont plus que 2200 en 1930

Une culture rescapée

La disparition des individus qui véhiculent une tradition uniquement orale et l’influence de la culture occidentale conduisent à une quasi extinction de la culture marquisienne. L’évangélisation détruit les structures traditionnelles de la société en interdisant les cultes païens et la pratique du tatouage, de la danse et du chant. Jusqu’en 1982, le marquisien est interdit à l’école et seul le français est enseigné.

Depuis la fin des années 1970, on assiste à une renaissance culturelle. L’histoire et les légendes des Marquises sont reconstituées en se basant sur les souvenirs des personnes âgées, les témoignages des navigateurs et grâce aux travaux des ethnologues. Le festival des arts des îles Marquises, les compagnies de danse, l’essor de l’artisanat et l’art du tatouage témoignent de la vitalité retrouvée de la culture marquisienne. Le plus remarquable, comme l’ont démontré nos guides en nous contant leurs merveilleuses histoires, est que la tradition orale reste le mode de transmission de la culture de la Terre des Hommes.

Arrivée à Nuku Hiva

Jean-Claude, nous accueille à l’aéroport et nous conduit à sa pension dans le village principal de Taiohae, au sud de Nuku Hiva. Après 1h30 de route, en comptant les différents arrêts pour admirer le paysage et écouter les explications de notre hôte, nous arrivons à la pension Mave Mai. Elle située un peu en hauteur, avec une superbe vue sur la baie. Nous avons une chambre confortable et climatisée pour nous cinq. Jean-Claude et sa femme Régina sont vraiment aux petits soins. Nous apprécions particulièrement le petit déjeuner et la facilité pour organiser les excursions à partir de la pension.

Taiohae à Nuku Hiva aux Marquises

Baie de Taiohae

La cascade de Vaipo

Le lendemain nous partons avec Eric pour une randonnée vers la cascade de Vaipo. L’excursion débute par un trajet en bateau depuis Taiohae vers la vallée de Hakaui. Nous admirons, en chemin, les falaises qui plongent dans l’océan. Splendide. Après 2 heures de marche sans difficulté dans la vallée et une lutte impitoyable contre des nuées de moustiques et de nonos (ne surtout pas oublier de se tartiner de produit répulsif et de monoï tout gras, seules armes contre ces sales bestioles), nous arrivons enfin au point de vue sur la cascade haute de 350 m.

Cascade de Vaipo dans la vallée de Hakaui à Nuku Hiva

Cascade de Vaipo

Exploration de Nuku Hiva en voiture

Mate, le fils de Jean-Claude, nous conduit autour de l’île et nous fait découvrir toute la richesse de Nuku Hiva. Nous nous arrêtons à Taipivai qui est le second village en nombre d’habitants. La vallée du même nom renferme de nombreux vestiges. En 1842, Herman Melville, futur auteur de Moby Dick, à été recueilli par les cannibales Taipi après sa désertion du baleinier l’Acushnet. Il s’est inspiré de cette expérience pour son roman Taipi publié en 1846. Nous visitons ensuite le village de Hooumi puis en remontant vers Hatiheu, le site archéologique de Kamuihei avec ses pétroglyphes. La journée se termine par la piste du nord de l’île et la vue des aiguilles d’Aakapa.

Chapelle de Hooumi à Nuku Hiva

Chapelle de Hooumi

Pétroglyphes représentant des tortues - site archéologique de Kamuihei

Pétroglyphes

Eglise d'Hatiheu à Nuku Hiva

Eglise de Hatiheu

Aiguilles d'Aakapa à Nuku Hiva

Aiguilles d’Aakapa

Il faut déjà repartir 

Quatre jours, c’est bien court pour faire le tour de Nuku Hiva. Il faudra sans doute revenir un jour pour explorer les coins reculés, pratiquement inaccessibles. Et puis ce sera l’occasion de revoir avec plaisir tous ceux qui nous ont si bien reçus et nous ont fait aimer leur île.

Mais le voyage n’est pas terminé puisque nous décollons vers de nouvelles aventures à Hiva Oa.