Taïpi de Herman Melville: les Marquises cannibales

26 Sep 2017 | Culture et Société, Histoire et Géographie | 4 commentaires

Taïpi d'Herman Melville

Taïpi est le premier roman de l’écrivain américain Herman Melville. Le récit est le témoignage de son séjour chez les cannibales de la vallée Taipivai à Nuku Hiva, après sa désertion d’un navire baleinier. Au programme: aventure, anthropologie et critique du colonialisme occidental du XIXème siècle.

Herman Melville

Herman Melville est un romancier, essayiste et poète américain. Il est né à New York en 1819 de parents hollandais et écossais. Il est le troisième de huit enfants et est élevé par son oncle quand son père décède en 1832. Il quitte alors l’école et devient, à treize ans, employé de Banque. Deux ans plus tard, il travaille dans une ferme. En 1935, il s’inscrit au lycée classique. En 1937, il devient instituteur puis prend des cours pour être arpenteur. Comme il ne trouve pas de travail, il s’embarque, en 1839, comme mousse  à bord d’un navire marchand, puis en 1840, sur le baleinier l’AcushneIl. Il n’est, alors, âgé que de 21 ans. Le navire fait escale, en juin 1842, à Taiohae, sur l’île de Nuku Hiva. Comme Herman ne supporte plus la tyrannie de son capitaine, il décide de déserter avec un de ses compagnons de voyage, Richard Tobias Greene. Il est recueilli par la tribu cannibale des Taïpi.  Quatre semaines plus tard, il quitte Nuku Hiva sur le baleinier australien Lucy Ann et part pour Tahiti où il est arrêté parce qu’il a participé à une mutinerie à bord (rien n’est jamais tout à fait tranquille avec le jeune Herman !). Il est condamné, s’échappe et se réfugie à Moorea puis à Hawaii. Il finit par s’engager sur une frégate de la marine de guerre américaine jusqu’en 1844.

1844 marque la fin de la période mouvementée de la vie de l’auteur. Ses expériences hors du commun lui permettent d’écrire ses deux premiers romans : Taïpi publié à Londres en 1846 est un vrai best-seller et Oomo, la suite de ses aventures dans les mers du sud parait en 1847. Le début de la carrière de Melville, est un succès mais lorsque l’auteur abandonne les récits autobiographiques d’aventure, il tombe progressivement dans l’oubli. Son roman phare, Moby-Dick, considéré comme l’un des plus importants textes de langue anglaise, n’est redécouvert que plusieurs dizaines d’années après sa mort (survenue en 1891).

Taïpi, le roman

La Dolly fait escale à Taiohae,  sur l’île de Nuku Hiva, après six mois passés en mer à chasser la baleine. Tom, le narrateur, éprouvé par les abus de pouvoir du capitaine et l’absence d’espoir de retour rapide en Amérique, décide de déserter. Il tente l’aventure avec Toby, un de ses camarades d’infortune et ils fuient tous les deux à travers les montagnes inhospitalières de l’île pendant plusieurs jours. Leur objectif est de se réfugier chez les gentils Hapaa et d’éviter à tout prix la tribu des Taïpi tristement connus pour leurs moeurs cannibales. Et devinez quoi ? Bingo ! Ils se retrouvent dans la vallée de Taipivai chez les Taïpi ! Fort heureusement, ils ne sont pas mangés, mais chaleureusement accueillis chez Maaheiao et son fils Kory-Kory.

Le roman permet au lecteur de découvrir le mode de vie des habitants de la vallée (« les naturels » ou « les sauvages » comme l’auteur les appelle) au tout début de la colonisation des Marquises. On assiste au quotidien des Taïpi, à leurs cérémonies religieuses, aux escarmouches avec les Hapaa et au destin réservé aux prisonniers de guerre !

Taïpi est avant tout, un roman d’aventure, un voyage initiatique d’un jeune homme vers l’âge adulte. Mais il peut être aussi abordé comme un essai philosophique subversif. En dépeignant la vie idéale et enjolivée des bons sauvages dans leur jardin d’Eden, Melville en profite pour critiquer avec humour le monde occidental et particulièrement le puritanisme, la religion et le colonialisme. Il reste, cependant, attaché aux valeurs morales de son époque. En témoigne la pudeur avec laquelle il évoque la sexualité, en particulier quand il dépeint son idylle avec la jeune et belle Faïaohe. Ne vous attendez donc pas à un roman érotique. On en est très loin !

En conclusion

Taïpi d’Herman Melville est un des romans se déroulant en Polynésie à lire ou à relire. Il est le témoin d’un monde disparu. Cependant, même si, de nos jours, la culture occidentale a supplanté très largement les traditions, beaucoup d’aspects de la vie des habitants décrits dans Taïpi sont toujours d’actualité. Et puis si vous venez à Nuku Hiva vous pourrez écouter les récits et légendes si bien racontés par les Marquisiens et contempler les vestiges de l’époque décrite par Melville.